Visites

20 décembre 2017 : ATPu

A la découverte d’un chantier de démantèlement

Cette visite du Laboratoire de Purification Chimique (LPC) fait suite à celle de l’ATPu (Atelier de Technologie du Plutonium), que nous avons faite le 4 octobre dernier.

Ces deux Installations Nucléaires de Base (INB) sont en effet complémentaires : l’ATPu réalisait la fabrication de combustible MOX, à base d’uranium et de plutonium. Quant au LPC, il assurait le contrôle qualité et traitait effluents et déchets pour qu’ils puissent être évacués dans une filière adaptée. Ces deux installations ont fonctionné de 1965 à 2003, et sont en démantèlement depuis une dizaine d’années. Toutes les deux étaient exploitées par AREVA, qui a assuré l’essentiel du démantèlement jusqu’à la reprise des deux installations par le CEA en 2017.

L’ATPu et le LPC contenant du plutonium, elles sont implantées dans la zone à protection renforcée du CEA. Pour accéder à la zone, nous avons eu besoin d’un badge avec photo et d’un code personnel. A l’intérieur, nous sommes accueillis par Olivier David, chef d’installation. Dans la salle de réunion, il nous explique que le LPC a été construit pour expérimenter un procédé de traitement des déchets plutonifères par « cryotraitement-lixiviation »*, permettant de récupérer le plutonium. Cette expérimentation n’ayant pas été concluante, le procédé n’a jamais eu d’application industrielle.

Pour entrer dans les zones techniques, nous devons revêtir la tenue requise : combinaison blanche, sur-chaussures, blouse jaune, gants, casquette, masque en bandoulière et ceinture de criticité.

Nous pénétrons d’abord dans la salle de « PC chaud » où se tient l’équipe du Service de Protection contre les Rayonnements (SPR), qui assure une surveillance 24h/24. De multiples écrans et tableaux de contrôle suivent 480 points de surveillance. Nous nous dirigeons ensuite vers la « zone contaminante ».

Dans une première salle « assainie », un épais revêtement noir de protection recouvre le sol. Une cinquantaine de fûts y sont entreposés. La plupart sont jaunes et contiennent des déchets faiblement radioactifs (FA), d’autres sont bleus pour les déchets très faiblement radioactifs (TFA), ou violets pour les déchets alpha. Des inscriptions couvrent les murs, indiquant les valeurs des rayonnements alpha et bêta-gamma, le plus souvent zéro.

Dans une deuxième salle, ces signes couvrent la totalité de la surface : mur, sol, plafond. Là, des caissons ont été installés pour créer des secteurs étanches où une dépression en cascade permet de confiner la radioactivité.

Puis nous descendons par un escalier métallique dans les profondeurs de l’installation, là où travaillent les « plongeurs ». Nous sommes en « zone sensible d’assainissement » où avait lieu le tri final des déchets plutonifères. L’espace est restreint, de nombreux câbles courent sous le plafond, des appareils de détection sont en action, de larges rideaux de plastique ferment les accès. Les décontaminateurs de la société STMI travaillent sur la cuve qui réceptionnait les déchets. Nous les observons par une vitre très épaisse, car le danger invisible est juste derrière. Ils sont revêtus d’un scaphandre ventilé pour ne pas respirer l’air ambiant et s’exposer au risque de contamination. Le travail est méticuleux, et consiste à décaper des superficies de 20 à 30 cm avec de l’alcool. Les conditions sont si pénibles et dangereuses qu’ils ne peuvent pas travailler plus de 2 heures par jour.

Nous remontons au niveau 1, là où se trouvait l’unité de cryotraitement. Ici aussi, des caissons ventilés ont été installés, mais les travaux sont moins avancés, et il n’y a aucune activité lorsque nous y passons. Nous voyons l’imposant broyeur qui réduisait les déchets après traitement. Il n’a pas encore été attaqué. On remarque la présence de tabliers en plomb qui servent à atténuer le débit d’exposition aux radiations.

La visite est maintenant terminée. Passé un contrôle final de radioprotection à la zone contaminante, nous déposons nos tenues dans des poubelles – elles seront traitées comme déchet TFA. Nous sortons enfin de la zone de sécurité renforcée après avoir remercié l’équipe qui nous accueillit et a consacré beaucoup de temps.

L’assainissement-démantèlement n’est plus pour nous une notion abstraite, nous avons observé les opérations de près, et nous avons pu mesurer très concrètement l’enjeu et l’immensité de la tâche. L’assainissement des structures du LPC devrait être achevé en 2019. Ensuite viendra le traitement des murs par frottement, ponçage ou destruction.

* Cadarache : 20 ans de combustible au plutonium (1985, extrait)

4 octobre 2017 : chantier du RJH

Nous suivons depuis de nombreuses années avec beaucoup d’intérêt ce chantier qui avance – lentement mais sûrement – avec l’intervention de 500 travailleurs environ. Aucune matière nucléaire n’étant encore présente dans l’installation mais il nous faudra tout de même deux badges pour pénétrer sur le chantier. La tenue que nous devons revêtir est celle d’un grand chantier.

Nous sommes accueillis par Christophe Beretti, chef de projet Réalisation chargé de la direction du chantier, et Franck Pilot, chef du service d’exploitation de l’installation.
Depuis notre précédente visite en juin 2016 (voir CLIC info no 57), les principaux travaux de gros œuvre sont achevés, et la mise en place des équipements se poursuit. Nous pénétrons par de lourdes portes d’acier – huit tonnes – dans les cellules chaudes tapissées de plaques inox. C’est à l’intérieur de ces cellules que seront conditionnés par télémanipulation les éléments irradiés dans le réacteur, avant d’être transférés pour analyse vers les laboratoires du Centre.

Rappelons que le RJH servira à tester le comportement de matériaux et combustibles exposés à un flux neutronique intense, à des pressions et températures correspondant aux conditions de fonctionnement des réacteurs à eau sous pression d’EDF (150 bars, 300°C), et à un vieillissement accéléré. Il permettra également de faire des expériences en conditions accidentelles. L’objectif est d’améliorer la sûreté, la compétitivité et la fiabilité des  réacteurs nucléaires actuels et futurs, tel le projet Astrid (génération IV). Enfin, il couvrira 25 à 50 % des besoins européens en radioéléments pour la médecine, notamment les scintigraphies (technétium-99).

Après un passage dans le bâtiment réacteur, nous visitons la pièce, encore vide d’équipements, où sera installée la salle de conduite du réacteur. Sept équipes de cinq personnes assureront le fonctionnement continu de l’installation. Une salle de repli a été construite, par exemple en cas d’incendie.

À la suite de Fukushima, l’Autorité de sûreté nucléaire a exigé qu’un bâtiment « noyau dur » soit construit. Il abritera les équipements importants pour la sûreté, notamment des groupes diesel de secours pour assurer l’alimentation électrique en toutes circonstances. Rappelons que le démarrage du RJH est prévu en 2021, et que son exploitation durera une cinquantaine d’années.

Après avoir remercié nos « guides », nous rejoignons l’espace Com situé à proximité, où une exposition présente au public les différentes activités de recherche du CEA Cadarache. Nous proposons que le CLIC info y soit mis à disposition des visiteurs.


4 octobre 2017 : ATPU

Nous avons visité le 4 octobre l’Atelier de technologie du plutonium (ATPu). Cette installation en cours de démantèlement et illustre une période où une activité industrielle était présente à Cadarache.

Nous avons été reçus par Olivier David, le chef de l’Atelier de technologie du plutonium (ATPu), François Bonnes, chef du projet de démantèlement, et Éric Houget, chef du service des installations en assainissement et démantèlement du Centre. Nous avons franchi la clôture de la zone à protection renforcée de Cadarache compte tenu de la présence de plutonium, matière radioactive très contrôlée car pouvant servir à la fabrication de la bombe. Puis il a fallu revêtir la tenue règlementaire : combinaison blanche, blouse jaune, chaussures de sécurité, casque, sur-bottes, gants et sac orange contenant un masque filtrant.

Jean-Paul Moreau, qui était chef d’exploitation de l’installation, nous décrit la fabrication du MOX qu’y réalisait AREVA jusqu’en 2003 – une cinquantaine de tonnes par an. Ce mélange d’oxyde d’uranium et d’oxyde de plutonium est un combustible utilisé dans les centrales nucléaires qui permet de recycler le plutonium.

L’ATPu a été arrêté à la demande de l’Autorité de Sûreté Nucléaire (ASN), car l’installation ne résisterait pas au séisme de référence. Aujourd’hui, la production de MOX est principalement assurée par l’usine MELOX, à Marcoule.

Pour nous décrire les étapes successives de la fabrication du MOX, Jean-Paul Moreau utilisera la métaphore culinaire du gâteau : tamisage de la farine (oxyde d’uranium), mélange avec les ingrédients (oxyde de plutonium), versement dans les moules, et cuisson pendant 24 heures.

Après l’arrêt de l’installation, il a fallu faire le ménage et la vaisselle, ce qui dure depuis une dizaine d’années. Le démantèlement a été pris en charge par AREVA, puis l’installation a été reprise en janvier 2017 par le CEA, qui devra avoir achevé ce démantèlement en 2024 (voir CLIC info no 50).

Depuis notre dernière visite de l’installation en 2014, nous avons pu constater le travail accompli. Le bâtiment que nous parcourons est quasiment vide de tous les équipements qu’il contenait – chaînes de fabrication, boîtes à gants, tuyaux de transfert, fours, etc. Sur les 460 boîtes à gants des chaînes de fabrication, il n’en reste que deux, ainsi qu’une cellule de confinement en cas de besoin. Un bruit constant montre que la ventilation continue cependant à fonctionner en permanence. Elle permet de maintenir une dépression à l’intérieur du bâtiment pour assurer le confinement d’une radioactivité éventuelle. Les murs, les sols et les plafonds de tous les locaux sont couverts d’inscriptions qui indiquent les mesures de rayonnements alpha et bêta, illustrant un contrôle radiologique méticuleux. Les quelques surfaces encore marquées par une contamination résiduelle sont recouvertes d’une peinture rouge, qui la fixe.

Pour sortir de l’installation, il nous faut monter sur les détecteurs « mains-pieds » pour vérifier l’absence de contamination – c’est heureusement le cas pour tous –, puis nous quittons nos hôtes après les avoir remerciés.
En décembre prochain, nous reviendrons visiter le Laboratoire de Purification Chimique, installation associée à l’ATPu également en cours de démantèlement, où étaient effectués le contrôle des matières nucléaires à valoriser et le traitement les effluents.

Dehors, nous apercevons un troupeau de biches peu farouches traverser un petit bois en face de l’installation.


4 mai 2017 : CABRI

Nous étions impatients de visiter le réacteur de recherche CABRI, installation ancienne qui a fonctionné de 1964 à 2002 et a fait l’objet d’importants travaux de 2003 à 2015. Principalement le renforcement sismique du bâtiment et le remplacement du circuit au sodium par un circuit d’eau pressurisée au centre du réacteur.

CABRI sera un outil utilisé pour le compte de l’IRSN (Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire) afin de réaliser un programme international d’expérimentations, le CIP (CABRI International Program), sous l'égide de l'OCDE (Organisation de Coopération et de Développement Economiques).

Nous avons été accueillis par Jean-Pierre Chauvin, Chef du Service de Réalisation des Essais en Sûreté, Jean-Pascal Hudelot, Chef du Laboratoire de Préparation et de Réalisation des Essais, et Alain Moreau, Chef de l’installation CABRI et du Laboratoire d'Exploitation de l'Installation. Ils nous ont précisé les objectifs de ce programme CIP.

Pour faire simple, celui-ci vise à étudier le comportement des crayons de combustible des réacteurs nucléaires, tubes en acier inox contenant les pastilles d’uranium enrichi plongés dans le cœur du réacteur, lors d'un accident de réactivité. Dans une centrale nucléaire EDF, un tel accident provoquerait au sein du combustible un dégagement rapide et violent d'énergie sous forme de chaleur - jusqu’à 2000 °C - pouvant entraîner une rupture des crayons et d’autres dommages. Cela ne s’est produit qu’une seule fois, c’était en 1979 aux États-Unis, à la centrale de Three Miles Island. Un tel accident peut causer une irradiation grave, voire mortelle, aux personnes se trouvant à proximité et conduire à une émission limitée de gaz radioactifs.

Dans CABRI, les expériences seront menées sur des échantillons de petite taille et avec un réacteur de faible puissance - 20 MW, contre 900 à 1300 MW pour les réacteurs des centrales EDF - permettant de garder le contrôle des réactions, reproduisant les conditions de pression et de température dans un réacteur à eau sous pression (REP) du type de ceux qui équipent les centrales nucléaires EDF. Ce programme permettra d’améliorer la connaissance du phénomène de l’accident de réactivité. Il sera utile tant aux électriciens exploitant les centrales, qu’à l’Autorité de Sûreté Nucléaire chargée de les contrôler.

Nous remercions Jean-Pierre Chauvin, Jean-Pascal Hudelot et Alain Moreau de nous avoir accueillis et donné toutes ces informations.

29 septembre 2016 : CEDRA

Nous avons visité le 29 septembre 2016 l’installation CEDRA (Conditionnement et Entreposage de Déchets Radioactifs), comme nous le faisons après chaque écart, anomalie ou incident mettant en cause la sûreté ou la radioprotection. À CEDRA, une incohérence était apparue entre plusieurs documents relatifs à l’exploitation de l’installation. Cela concernait l’épaisseur des coques de béton dans lesquelles les déchets sont immobilisés dans du béton. Une vingtaine de fûts Faiblement Irradiants sont concernés. Bien que cet écart n’ait eu aucune conséquence pour la sûreté et l’environnement, nous avions souhaité avoir une explication sur place par le chef d’installation.

Rappelons que CEDRA est une installation mise en service en 2006 où sont entreposés temporairement – une cinquantaine d’années – les déchets faiblement et moyennement radioactifs à vie longue (voir CLIC info n°43), sachant qu’il n’y a pas de déchets hautement radioactifs à Cadarache. Cela dans l’attente de la construction d’une installation de stockage de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets Radioactifs) – c’est le projet Cigéo, entre Meuse et Haute-Marne. Dans CEDRA, les déchets – Faiblement ou Moyennement Irradiants (FI et MI) – sont conditionnés dans des colis – coques de béton et fûts de métal.

Nous avons été accueillis dans l’installation par Eric Thuillet, le chef d’installation. Dans le hall, il nous a présenté un colis sous forme de fût de 870 litres, coque de béton du même type que ceux concernés par l’écart. La coupe de ce colis de démonstration nous a permis de comprendre comment les déchets en vrac y sont coulés dans le béton. Une fois remplie, la coque est scellée par un bouchon de béton dont l’épaisseur, comme celle des parois, doit être actuellement d’au moins 5 cm. Une demande pour ramener cette épaisseur à 3 cm est en cours d’examen par l’ASN.

Puis nous avons pénétré dans les vastes bâtiments d’entreposage. Deux d’entre eux, de 1700 m2, sont réservés aux colis Faiblement Irradiants (FI), et peuvent en accueillir chacun 4000, empilés sur 4 étages. Un troisième bâtiment de 1200 m2 est réservé aux colis Moyennement Irradiants (MI) qui sont placés dans des alvéoles d’une profondeur de 7 m. On compte près de 200 alvéoles pouvant accueillir chacune 8 colis, soit une capacité d’environ 1500 colis. Un réseau de ventilation d'air conditionné permet de maîtriser la température et l'hygrométrie dans les alvéoles. Dans chacun des bâtiments, un pont roulant pouvant soulever une charge de 5 tonnes permet la manipulation des colis. Une cellule d'examen attenante permet de réaliser une surveillance périodique des colis – une vingtaine par an. Les bâtiments sont actuellement remplis à 30 % et une extension est autorisée en cas de besoin.


9 novembre 2016 : ITER

Pour suivre « sur le terrain » les progrès du chantier, nous demandons chaque année à visiter le site. Habituellement, cela consiste en un tour du chantier en car. Cette année, nous avions demandé à visiter les installations actuellement accessibles et la visite a eu lieu le 9 novembre dernier.

Après une vue d’ensemble du chantier depuis le bâtiment d’accueil des visiteurs, nous avons pu pénétrer dans deux installations particulières. La première a été l’usine des bobines de champ poloïdal. C’est là que sont construites les quatre bobines, qui créeront le champ magnétique assurant le confinement du plasma dans la chambre à vide au cœur de la machine. Des kilomètres de câbles, fabriqués en Chine, sont enroulés sur plusieurs niveaux pour constituer des aimants supraconducteurs de 17 à 24 mètres de diamètre.

Le second bâtiment visité a été le hall d’assemblage, sans aucun doute le bâtiment le plus vaste du chantier, d’une superficie de 6 000 m2 et d’une hauteur de 60 m, bien visible de la route de Vinon – à quelques mètres près, il pourrait contenir la cathédrale d’Aix-en-Provence. C’est là que seront assemblés les éléments de la machine expérimentale Tokamak, qui seront transportés ensuite dans le bâtiment réacteur, en cours de construction juste à côté, par un pont roulant d’une capacité de levage de 1500 tonnes. Le bâtiment est couvert d’un bardage effet miroir pour une meilleure intégration dans le paysage.


29 juin 2016 : RJH

Le Réacteur Jules Horowitz (RJH) sera, pour les prochaines décennies, l’un des principaux outils de recherche du CEA et des partenaires européens du projet. Il produira également des radioéléments pour la médecine, prenant la suite du réacteur OSIRIS (CEA Saclay), arrêté en 2015. Nous avons pu constater les progrès de ce chantier de longue haleine engagé en 2009 et dont le gros œuvre est aujourd’hui en grande partie achevé.

Sous la conduite de Christophe Beretti – le chef de projet Réalisation – nous avons d’abord pénétré dans la vaste rotonde du bâtiment réacteur. Sous la coupole au diamètre proche de celle de la basilique Saint-Pierre à Rome – 36 mètres –, certains des principaux équipements sont déjà en place, comme le pont roulant d’une capacité de 36 t, la piscine de 12 m de profondeur, où seront plongés le réacteur, les combustibles et les dispositifs expérimentaux, et les canaux par lesquels transiteront sous eau les éléments chargés et retirés du réacteur.
Nous nous sommes ensuite rendus dans le bâtiment des cellules chaudes en cours de montage et aux dimensions également exceptionnelles – 12 m de haut – où seront télémanipulés les éléments irradiés. L’épaisseur des parois de béton – 1,20 m – qui sera aussi celle du verre au plomb des hublots, permettra d’assurer la protection des travailleurs contre les rayonnements ionisants.

Nous avons terminé notre visite dans les sous-sols où nous avons vu les 195 plots parasismiques équipés de patins Néoprène – conception reprise pour ITER – qui supportent les 100 000 tonnes du bâtiment réacteur. Ils permettent de tenir au Séisme Majoré de Sécurité (SMS, voir CLIC info n°52), conformément aux prescriptions de l’ASN.

Quatre années seront encore nécessaires pour achever le chantier, et les tests de démarrage sont prévus pour 2021, planning toutefois reconnu comme tendu par M. Beretti. Celui-ci se félicite en tout cas qu’aucun accident grave n’ait été jusqu’à présent déploré sur le chantier, grâce à une organisation de la sécurité particulièrement rigoureuse.


30 mai 2016 : balise Téléray

La CLI avait rendez-vous devant la gendarmerie de Beaumont-de-Pertuis avec Christophe Debayle, responsable du laboratoire de télédétection et d’expertise environnementale de l’IRSN, venu expliquer le fonctionnement et le rôle de ces balises destinées à mesurer la radioactivité dans l’air.

Situées dans l’environnement proche des principaux sites nucléaires et des grandes agglomérations, la plupart du temps sur les gendarmeries, ces sondes Téléray, sensibles aux rayons gamma, permettent d’obtenir des données retransmises en temps réel 24h/24h et de manière sécurisée, à la salle de surveillance de l’IRSN. Dès qu’une mesure dépasse une valeur seuil (50 nSv/h au-dessus des valeurs habituelles), une alarme se déclenche au centre qui va analyser la mesure pour
déterminer quelle en est la cause : rejet accidentel, source radioactive, phénomène naturel ou dysfonctionnement.
D'autres balises sont implantées à Rians, Gréoux-les-Bains, Manosque et Pertuis.

Le portail de la mesure de la radioactivité est accessible à tous : https://sws.irsn.fr/sws/mesure/index


27 avril 2016 : MCMF

Cette visite du Magasin Central des Matières Fissiles avait été demandée par la CLI à la suite d'un incident classé au niveau 1 par l'ASN qui n’a eu aucune conséquence sur la sûreté, la sécurité des personnes ou de l’environnement de l’installation (voir CLIC info n°56, page 3)

C’est dans cette installation qu’étaient entreposées toutes les matières nucléaires avant leur utilisation dans les laboratoires et réacteurs de recherche du Centre CEA de CCadarache. Aujourd’hui, elles ont été presque toutes transférées dans une nouvelle installation – MAGENTA. C’est donc un vaste hangar presque vide que nous visiterons. Mais nous n’entrerons pas dans le « coffre-fort », la pièce protégée qui contient les matières les plus sensibles, celles placées sous contrôle international de l’AIEA, notamment le plutonium, et dont l’inventaire est une information confidentielle.
La double clôture et la procédure d’accès, avec badge nominatif et code d’accès personnel, donne la mesure du caractère sensible de cette installation. 

Nous aurons cependant des explications précises et toutes les réponses à nos questions concernant l’anomalie qui a justifié notre visite. Elles nous seront données par la chef d’installation elle-même.


15 mars 2016 : GAMMASTER

Cette installation implantée dans le 14e arrondissement à Marseille (MIN des Arnavaux) est exploitée par la société Synergy Health. Elle est destinée à la stérilisation par exposition à une source radioactive (cobalt 60), principalement des matériels médicaux et des produits pharmaceutiques. Apportées par camions et semi-remorques, les palettes de produits à stériliser sont chargées dans les nacelles suspendues à un rail qui les conduit dans une casemate de béton où elles circulent autour de la source radioactive. Elles y sont exposées au rayonnement ionisant le temps nécessaire pour recevoir la dose demandée par le client. Les murs de béton de la casemate d’une épaisseur de 2 mètres, assure une protection efficace contre ce rayonnement. L’installation fonctionne 24 heures sur 24, et 7 jours sur 7. Lors de la visite, la source a été mise en position de repos dans une piscine de 10 m de profondeur et les visiteurs ont pu pénétrer à l’intérieur de la casemate aux murs de béton de 2 m d’épaisseur, et contempler la source au fond de l’eau où elle émet une étrange clarté bleue, l’effet Tcherenkov, que l’on observe également dans les piscines d’entreposage des combustibles des centrales nucléaires.


17 juin 2015 : PEARL et MAESTRO

Ces deux installations de l'IRSN dédiées aux recherches sur les accidents graves ont été présentées par Patrice Giordano, responsable du Service d'étude et de recherche expérimentale, et Philippe March, responsable du Laboratoire d'expérimentation en mécanique et matériaux.

PEARL

L’installation Pearl est utilisée dans le cadre du programme de recherche de l’IRSN « Renoyage de lits de débris ».

Démarré en 2007, le programme de recherche a pour but de mieux comprendre les phénomènes impliqués dans les écoulements d’eau et de vapeur au sein d’un milieu poreux constitué de particules solides à très haute température dans des conditions représentatives d’accident de fusion de cœur.

Pour en savoir plus sur PEARLhttp://www.irsn.fr/fr/larecherche/organisation/programmes/programme-pearl/Pages/Pearl.aspx

MAESTRO

Dédiée aux essais de dégradation des matériaux d’un cœur de réacteur à eau sous pression lors d’un accident de fusion de cœur, la plate-forme expérimentale MAESTRO permet plus généralement d’étudier le comportement des matériaux à haute température en ambiance oxydante.

Cette plate-forme comprend un ensemble de fours à haute température permettant de chauffer jusqu’à 2400 °C sous différentes atmosphères en particulier oxydantes, une instrumentation spécifique destinée à la mesure des hautes températures et de la composition gazeuse, et un laboratoire d’examens métallographiques équipé d’une micro-sonde électronique.

Pour en savoir plus sur le programme PERFROI http://www.irsn.fr/FR/Larecherche/Organisation/Programmes/projet-PERFROI/Pages/projet-PERFROI.aspx#.VYKURUaasfA

Pour en savoir plus sur le programme DENOPI

 

Consulter la présentation de l'IRSN


18 mai 2015 : ITER

Les membres de la CLI ont pu constater l'avancement des travaux.

Concernant le complexe tokamak, les ferraillage des murs externes et le coffrage des colonnes du Bâtiment Diagnostic et du Bâtiment Tritium sont en place.

Concernant le hall d'assemblage des éléments du tokamak, cinq niveaux de piliers sont en place côté nord. La charpente métallique de la toiture est en cours d’assemblage et sa mise en place est prévue au mois d’août. La livraison du bâtiment est attendue pour octobre 2015.

Au printemps 2015, près de 900 personnes étaient affectées aux travaux de construction sur l’ensemble du site.


15 avril 2015 : RJH

Depuis son engagement en 2007, la CLI suit la progression du chantier du réacteur de recherche Jules Horowitz (RJH).

Elle a pu se rendre compte de l’avancement des travaux lors d’une visite sur le site le 15 avril dernier sous la conduite de Christophe Beretti, chef de projet.

Rappelons que le RJH, projet international réalisé avec le concours d’industriels et instituts de recherche de huit autres pays – Belgique, République tchèque, Espagne, Finlande, Inde, Japon et Suède –, permettra des recherches sur les matériaux et les combustibles pour l’industrie nucléaire et la fabrication de radioéléments pour la médecine à l’échelle européenne.

Au terme d’un chantier de plus de 10 ans, le démarrage du RJH est prévue en 2020 – avec 7 ans de retard par rapport au calendrier initial. La facture totale devrait s’élever à 1 milliard d’euros environ, un investissement conséquent pour un outil de recherche majeur prévue pour fonctionner une cinquantaine d’année.

Consulter la présentation Christophe Beretti


1er avril 2015 : Société du Canal de Provence

A la suite de la visite du 18  mars 2015, la CLI a visité la salle de commande de la SCP au Tholonet.

Les membres de la CLI ont été impressionnés par un système d’exploitation fortement automatisé, géré par un logiciel complexe capable d’anticipation. Cette façon de faire permet à la SCP de ne consommer qu’un tiers environ d’une dotation de 600 millions de m3 par an.Le Canal est le principal aménagement hydraulique de notre région et, selon nos hôtes, il fait référence au niveau international.

En prime, les participants ont pu visiter le château, le moulin et l’aqueduc romain.


18 mars 2015 : canal de Provence

Depuis 2012, la CLI s’intéresse au projet d’alimentation du site de Cadarache par le canal de Provence.

Ce projet, bien avancé, avait été présenté le 19 février 2014 à la CLI par Philippe Amphoux, chargé du projet au CEA, et le 9 juillet 2014 par Bruno Vergobbi, Directeur général de la Société du Canal de Provence (cf. CLIC info n°49).

A l’invitation de ce dernier, une dizaine de membres de la CLI s’est ainsi rendue le 18 mars 2015 sur le canal – riche en poissons – dans la plaine de Boutre, à l’entrée de la galerie de Ginasservis protégée par une grille. C’est dans cette galerie qu’a été aménagée la prise du Médecin, l’une des deux prises prévues pour l’alimentation de Cadarache.

Le groupe a visité cette prise qui est munie d’un double filtre autolaveur, puis il s’est rendu à l’intérieur du Centre où le point d’arrivée de la canalisation équipé de débimètres sophistiqués et le bassin d’entrée de l’eau de refroidissement du Réacteur Jules Horowitz (RJH) en construction lui ont été commentés.

Les membres de la CLI étaient accompagnés par Philippe Amphoux, Lionel Reig, Directeur général adjoint de la SCP, Emmanuel Patenotre, conducteur d’opération, et Sébastien Gamerre, Chef d’équipe d’exploitation du centre de Rians.


19 février 2015 : Cité des Energies

La CLI a visité les installations de recherches sur les énergies renouvelables à Cadarache (Cité des Energies), sous la conduite de Daniel Césario, Responsable développement de la Cité des Énergie : solaire thermique et photovoltaïque, biocarburant de 3ème génération et performances énergétiques dans l’habitat.


8 octobre 2014 : site de Tricastin

Cinq candides* au Tricastin

Par une belle journée d’automne, le 8 octobre 2014, nous nous retrouvons devant l’entrée de la centrale nucléaire EDF du Tricastin.

Ce jour-là, nous allons découvrir l’un des plus importants pôles de l’industrie nucléaire en France, à la charnière de quatre départements – Drôme, Vaucluse, Gard et Ardèche – et de trois régions – Rhône-Alpes, PACA et Languedoc-Roussillon.
Entre le canal Donzère-Mondragon et le Rhône, s’étend le vaste complexe AREVA et, juste en face, la centrale nucléaire.

Dans le bâtiment d’accueil du public, nous sommes accueillis par Guy Escoffier, le directeur de cabinet de la centrale, une attention à laquelle nous sommes sensibles. Celui-ci nous explique l’essentiel de ce qu’il faut savoir sur cette centrale comprenant 4 tranches (réacteurs) de 900 mégawatts chacune, mise en service en 1980 (tranches 1 et 2) et 1981 (tranches 3 et 4). De quoi fournir de l’électricité à 3,5 millions d’habitants. Puis il nous confie à Frédéric Dussart, notre guide pour toute la visite.

Nous constatons alors qu’on n’entre pas dans une centrale comme dans un moulin. Nous devons laisser nos pièces d’identité contre lesquelles on nous remet un badge à notre nom, un code personnel à 4 chiffres et des consignes de sécurité. Grâce à ce sésame nous allons pouvoir franchir les multiples barrières de sécurité qui jalonneront la visite.

Dans les vestiaires de la centrale, les femmes d’un côté, les hommes de l’autre, nous devons nous dévêtir complètement et revêtir la tenue de rigueur à l’intérieur de zone nucléaire de la centrale : tee-shirt, chaussettes siglées EDF, combinaison blanche, gants en coton, sur-gants en caoutchouc verts, casque jaune, chaussures de sécurité et dosimètre.

Guidés par notre chaperon, nous pénétrons dans un immense hall de plusieurs centaines de mètres qui longe les quatre bâtiments réacteurs d’où entrent et sortent des canalisations de toutes tailles. Les bouchons d’oreilles qu’on nous a remis à l’entrée nous permettent de supporter le bruit assourdissant. Nous nous acheminons jusqu’à la tranche 4, actuellement à l’arrêt pour la « visite décennale », checkup auquel sont soumis les réacteurs nucléaires tous les 10 ans.

Nous avons le privilège, donné à peu de visiteurs, de pénétrer dans l’enceinte d’un bâtiment réacteur. A l’intérieur de cet énorme cylindre d’environ 50 m de large et de haut, les travailleurs s’affairent partout, dans la même tenue que nous. On ne voit que des hommes. Les femmes, elles, dirigent plutôt la centrale – on nous a dit que le directeur est une femme, Sylvie Richard, et nous en verrons quelques-unes dans la salle de commande –. Empruntant escaliers et passerelles, nous pouvons apercevoir, en bas, le couvercle de la cuve du réacteur. Plus haut, sur les côtés, les trois générateurs de vapeur, hauts d’une vingtaine de mètres. Plus loin, nous pouvons nous pencher au-dessus de la piscine ou sont plongés les assemblages de combustible nucléaire, plus d’une centaine, sortis du cœur du réacteur. Longs de quatre mètres, ils contiennent l’uranium enrichi ou le Mox. L’eau, extraordinairement transparente, brille d’une légère lumière bleutée.

Nous ressortons ensuite de la zone nucléaire en passant par les portiques de contrôle radiologique. Nous nous dévêtons et rejoignons le vestiaire pour nous rhabiller avant de pénétrer dans le bâtiment des turbines, impressionnantes par leur taille. Pour finir, nous jetons un œil dans la salle de commande de la centrale aux multiples écrans lumineux.

Au terme d’une visite qui aura duré près de trois heures, nous sommes invités à déjeuner au restaurant des sous-traitants de la centrale. Nous aurions souhaité partager ce repas avec des membres de la CLIGEET, la CLI de Tricastin avec laquelle nous avions pris contact plusieurs mois avant. Hélas, aucun n’est disponible ce jour-là.

Et c’est avec un peu de retard que nous nous présentons à la porte du site AREVA, de l’autre côté de la route. Nous sommes accueillis par la souriante Virginie Musset.

Après avoir à nouveau échangé nos pièces d’identité contre un badge, et une présentation expresse en salle, nous endossons la tenue règlementaire : blouse blanche, gilet fluo, casque rouge, chaussure de sécurité et sacoche à masque à gaz. Au volant d’un minibus, Virginie nous conduit à l’usine Georges Besse II Nord, but de la visite. Nous dépassons une scène insolite : un apiculteur en train de récupérer un essaim d’abeilles. Signe que la nature se veut partout chez elle ?

C’est le directeur de l’usine lui-même, Jean-Luc Vincent, qui nous accueille et nous fera la visite. L’usine sent encore le neuf, elle a été inaugurée en 2013, deux ans après l’usine Sud. Elle enrichit l’uranium destiné à la confection du combustible des centrales nucléaires, par la technologie d’ultra-centrifugation. Des centrifugeuses, sorte de long tube vertical tournant à une vitesse énorme autour d’un axe, nous n’en verrons qu’une maquette. Les salles où elles s’alignent par milliers sont des zones ultra-sensibles placées sous contrôle international (AIEA) où il ne nous sera pas permis de pénétrer. En revanche, nous verrons ce qui entre et sort de la « boîte noire ».

De part et d’autre d’un long corridor s’alignent de grandes boîtes métalliques d’environ 4 m de haut de différentes couleurs où sont chargés et déchargés les fûts de matière (l’uranium sous forme cristalline d’hexafluorure d’uranium). Les boîtes vertes sont des fours où l’uranium naturel est transformé en gaz et envoyé vers les chaînes de centrifugation. Les rouges sont des réfrigérateurs où l’uranium enrichi qui en sort est cristallisé et conditionné dans un fût. Dans les jaunes, l’uranium appauvri récupéré est conditionné en fûts. Tous ces fûts de matière sont la propriété des différents clients qui, en fait, achètent à l’usine un service d’enrichissement. Nous verrons sur le site plusieurs zones où s’empilent ces fûts. Après avoir vu la salle de conduite de l’usine aux multiples écrans lumineux et au design élégant, nous remercions notre guide.

Nous reprenons le minibus pour un tour où Virginie notre montre d’autres établissements implantés sur le site : Comurhex II, le centre de secours, le centre médical, les restaurants, la Maisons des métiers…
Le plus spectaculaire, c’est incontestablement l’ancienne usine Eurodif d’enrichissement d’uranium par diffusion gazeuse arrêtée en 2012 après plus de 30 ans d’exploitation. C’est pour cette usine que la centrale nucléaire voisine a été construite. Trois des quatre tranches de la centrale lui fournissaient l’énergie dont elle avait besoin. C’est pour la remplacer qu’a été construite l’usine Georges Besse II, bien plus performante et bien moins gourmande en énergie. L’assainissement des quatre énormes bâtiments de l’usine est en cours et leur démantèlement sera un chantier d’une décennie (160 000 tonnes de déchets radioactifs).
Autres reliques émouvantes d’Eurodif, les deux tours de refroidissement dominant le paysage qui ne fumeront plus. La visite est terminée et nous rejoignons le bâtiment d’accueil pour récupérer nos effets et repartir avec une abondante documentation gracieusement mise à notre disposition.

A la sortie du site et avant de nous séparer, nous nous arrêtons au bord de la route pour nous prendre en photo devant la centrale nucléaire. Ce qui était interdit à l’intérieur.

Pour tous, cette visite aura été une expérience forte. Elle nous aura incontestablement permis d’avoir une perception plus juste et plus concrète de la réalité de l’industrie nucléaire.

*Brigitte Dailcroix (UFC Que Choisir), Janine Brochier (FNE 04), Etienne Hannecart (FNEE 84), Chantal Marcel (FARE Sud), Cyril Fourcaud (secrétaire des CLI)

Pour en savoir plus :

energie.edf.com
areva.com




11 juin 2014 : RJH, HERMES et AGATE

 

RJH, le réacteur de recherche le plus moderne d’Europe

Sur un plateau taillé à flanc du massif calcaire, dominée par les pins, la masse du réacteur de recherche Jules Horowitz (RJH) s’impose avec ses 54 mètres de hauteur. Malgré son ampleur, ce chantier connaît « un taux d’accidents du travail exceptionnellement bas », annoncent en nous accueillant Christophe Beretti, chef de projet d’Areva et Jérôme Estrade, chef d’exploitation du CEA. Un peu plus de 500 personnes, dont un tiers pour les bureaux d’études, œuvrent sur le site qui, depuis le premier béton coulé en 2009, a connu 18 inspections de l’ASN.

C’est donc chaussés de souliers de sécurité, casqués et vêtus d’un gilet déflecteur que nous parcourrons les lieux. Lors des deux précédentes visites de la CLI (mai 2008 et février 2012), nous avions pu assister à la levée des 195 appuis parasismiques devant soutenir le bâtiment. Depuis, les 100 000 tonnes de béton et de ferrailles de l’édifice ont été coulées par-dessus. Seul le dôme est en cours de finition. « Nous avons réalisé 85% de la construction génie civil », assure-ton. On nous apprend que « la première « divergence » du réacteur est prévue pour 2019 ». La date de fin 2016 nous avait été annoncée deux ans auparavant.

La complexité du chantier, mais surtout la prise en compte de l’accident de Fukushima semblent à l’origine du retard. « Dès les études, nous avions surdimensionné la résistance du RJH en posant un facteur de 1,5 face au séisme maximum vraisemblable. » Les appuis parasismiques assurent ainsi un déplacement de 10 à 17 cm du formidable édifice. Et les normes du cuvelage de la piscine du réacteur, 18 mètres de haut et 6 kilomètres de soudure, ont été « durcies ».

Lorsqu’il fonctionnera, le RJH sera le réacteur de recherche le plus moderne d’Europe. « Il le restera longtemps puisqu’il est le seul à prendre le relais des réacteurs de recherche construits pour la plupart dans les années 60 », explique Jérôme Estrade. L’installation travaillera sur les comportements des combustibles et des matériaux des prochaines générations de centrales électronucléaires. Il produira également des radioéléments pour la médecine nucléaire (scintigraphie). Sa conception lui confère une certaine polyvalence qui lui permet de s’adapter aux différentes filières en discussion, notamment au projet ASTRID (filière sodium).

Au CEA Cadarache, on se déclare confiant dans l’avenir du nucléaire. La durée de fonctionnement du RJH est prévue pour 50 ans auxquels il faut ajouter 10 ans pour le démantèlement. Un terme éloigné ? « Si dans l’industrie automobile, il se passe de 3 à 5 ans entre la recherche et l’industrialisation, dans le nucléaire les changements de filières de réacteurs demandent un espace de 50 ans », veut rassurer Guy Brunel, responsable de la communication du CEA Cadarache

Hermès, la « plomberie » du cœur nucléaire

On l’oublierait presque tant son impact technologique et économique est puissant. Le CEA est avant tout un organisme de recherche. Le Laboratoire d'Hydromécanique du Cœur et des circuits (LHC) vient le rappeler. Ses 30 chercheurs et ingénieurs étudient l’utilisation de l’eau dans l’assemblage des réacteurs nucléaires. Dans le vaste bâtiment où nous accueille Etienne Tevissen, chef du LHC, un immense « mécano » d’inox trône, une « plomberie » du cœur nucléaire. L’installation HERMÈS permet d’étudier le comportement des assemblages combustibles et lignes de commande sous l’aspect hydraulique et mécanique. La résistance, l’endurance ou la qualification des éléments constitutifs du cœur électronucléaire y sont étudiées et testées.

« Nous sommes sans arrêt à la recherche de l’amélioration des assemblages de combustible », indique le responsable du LHC en évoquant des progrès sur la grille de mélange qui favorise l’extraction de la chaleur ou le nouveau matériau pour les gaines des crayons radioactifs. Des développements parfois générés par l’accident de Fukushima, reconnaît-on.

AGATE va diviser par 30 le flux des camions citernes

L’installation sent encore le neuf. AGATE est entrée en service le 12 mai dernier avec quatre ans de retard sur le terme annoncé lors d’une visite de la CLI en septembre 2010. Ce centre de traitement des effluents (rejets liquides véhiculant une certaine charge polluante, ici radioactive) du site de Cadarache répond à un besoin maintes fois pointé par l’ASN et la CLI. Obsolète, le précédent équipement avait dû stopper son activité en 2011. Depuis, tous les effluents de Cadarache étaient dirigés par camions citernes vers Marcoule pour y être traités et conditionnés. Avec AGATE, ce flux routier sera divisé par 30 avec l’organisation de 5 transports par an sur le site près du Rhône.
Chantal Cochaud, responsable de cette installation, nous sert de guide dans ses différents niveaux qui abritent un évaporateur de 11 mètres de haut. Après avoir été stockés dans 4 cuves, les effluents sont distillés par évaporation. Les distillats (eau) obtenus sont dirigés vers le centre de traitement des eaux industrielles connecté avec la Durance. Les concentrats (résidus à consistance de yaourt) partiront vers Marcoule.

Avec le retard de sa livraison « pour mieux répondre aux normes parasismiques et aux règles générales d’exploitation d’une filière d’élimination », le coût de l’installation a crû en proportion avec un investissement de 85 M€ à l’arrivée, contre les 55 millions d’euros prévus initialement. Le traitement des déchets nucléaires n’a pas de prix !

 


28 mai 2014 : ATPu et LPC

 

Le démantèlement de l’Atelier de Technologie du Plutonium (ATPu) et du Laboratoire de Purification Chimique (LPC), deux installations sensibles du fait de la présence de plutonium, est engagé depuis 2003 par AREVA NC, opérateur technique industriel des installations. Cette année-là, l’exploitation de ces deux installations dédiées à la production de MOX (combustible à base d’uranium et de plutonium pour certaines centrales nucléaires) avait été arrêtée à la demande de l’Autorité de Sûreté Nucléaire car elles n’étaient pas dimensionnées au risque sismique. Rappelons également qu’en 2009, l’ATPu avait défrayé la chronique : un retard dans la déclaration d’une importante sous-estimation de plutonium résiduel présent dans l’installation avait conduit l’ASN à épingler le CEA (incident classé au niveau 2 de l’échelle INES).

La CLI a souhaité visiter l’ATPu et le LPC sur proposition d’AREVA pour voir à quel stade en était le démantèlement, étape particulièrement délicate dans la vie d’une installation nucléaire où la plupart des opérations sont confiées à des sous-traitants.

Dans ces installations, toutes les opérations d’exploitation se réalisaient dans des boîtes à gants – cellules étanches de différentes tailles assurant une barrière entre les opérateurs et la matière nucléaire − au nombre de 462.

Le démantèlement comprend plusieurs étapes :

  • le démontage des composants internes des boîtes à gants, la récupération de la matière nucléaire résiduelle et le conditionnement des déchets ;
  • le découpage des éléments si leur taille est trop imposante ;
  • l’assainissement de la pièce avec un vernissage spécial pour éviter toute contamination par cette voie ;
  • la déconnexion du réseau de ventilation ;
  • la réduction du volume des boîtes à gants dans une enceinte de casse ;
  • l’expédition des déchets produits vers les centres de l’Agence Nationale de gestion des Déchets Radioactifs (ANDRA).

En parallèle à ces opérations, tous les composants externes sont démontés. Ces opérations se déroulent dans des enceintes étanches et avec des tenues spéciales afin d’éviter tout risque pour les travailleurs et l’environnement.

En avril 2014 le démantèlement de l’ATPu était réalisé à près de 80%, ce qui correspond aux prévisions. Le travail est plus délicat dans le LPC car il abrite un réseau de tuyauteries très complexe, de 4km environ, ce qui explique un démantèlement plus lent qui est aujourd’hui réalisé à 60 %.

Au total, 333 boîtes à gants ont été démantelées et l’achèvement de l’opération de décontamination est prévu pour le premier semestre 2016. Le CEA reprendra alors l’exploitation directe de ces bâtiments. Un transfert de savoir-faire est en cours de préparation avec la mise en place d’une équipe qui suit les actions menées par AREVA. Cela fait suite à une mise en demeure adressée en février 2013 au CEA par l’ASN qui considérait que la surveillance exercée sur l’opérateur AREVA n’était pas satisfaisante.
Concernant le bilan matière, près de 30 Kg de plutonium ont d’ores et déjà été récupérés.

Trois cents travailleurs interviennent sur le chantier, employés principalement par trois sous-traitants : STMI, ENDEL, et SALVAREM. La sécurité des travailleurs, préoccupation majeure d’AREVA, fait l’objet de réunions régulières dont deux journées de sécurité/sûreté organisées chaque année, ainsi qu’un exercice de mise en situation d’urgence.

Il reste certains enjeux à prendre en compte. Ainsi, l’évacuation de certains déchets particuliers, comme par exemple les huiles contaminées, n’est pas encore autorisée par l’ASN, seul leur traitement est aujourd’hui possible. Quant à la matière recyclable, une fois traitée et conditionnée, elle est réutilisée, notamment, à l’usine AREVA MELOX (Marcoule) qui produit du combustible MOX.

Témoignages

Ghislaine Pinguet et Xavier Roumanie, deux nouveaux élus municipaux de Beaumont-de-Pertuis, sont très récemment devenus membres de la CLI. « Par sensibilité propre, mais aussi par intérêt pour notre commune située à 5 km à vol d’oiseau du site de Cadarache », expliquent-ils en participant à la visite des installations du CEA. Leurs impressions ? « La surprise d’abord, face à l’ampleur du site dans lequel nous pénétrions pour la première fois. Nous avons été impressionnés par le chantier du RJH, et plus largement par la vision à long terme du CEA. » Infirmière et ingénieur cartographe de profession, ils se disent très attentifs à l’impact économique et environnemental de Cadarache, aux risques d’accident. « Nous sommes prêts à nous investir dans les travaux de la CLI. »

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